Les clubs pour femmes : le sur mesure n’est pas réservé aux pros !

lpgaSelon les chiffres 2018 de la FFG, il y a 112 938 joueuses licenciées, un chiffre en légère progression sur les dix dernières années.

Les tranches d’âge sont les suivantes :

moins de 18 ans : 11 278

19 à 25 ans : 1 928

26 à 55 ans : 30 574

plus de 55 ans : 69 158

J’ai commencé la pratique du golf dans les années 80 et il ne fait nul doute dans mon esprit aujourd’hui, en tant que clubfitteur et clubmaker, que le matériel et son évolution a permis à de nombreuses femmes de se mettre à jouer au golf et progresser plus rapidement. Et aussi à prendre plus de plaisir.

Cette évolution s’est portée :

  • vers des têtes de fers « cavity back » ou « game improvement » avec un plus grand MOI (Moment d’Inertie) et un centre de gravité plus bas, mais cette évolution a été la même chez les hommes
  • vers l’emploi d’hybrides pour remplacer les longs fers, mais cette évolution a été sensiblement la même chez les hommes
  • vers des shafts en graphite de plus en plus légers et de plus en plus souples

Lorsque l’on fait une recherche sur Google sur le matériel de golf pour femmes, c’est toujours le même scénario qui ressort : des clubs « plus courts, plus légers, plus souples ».

Si ce scénario peut convenir à beaucoup de femmes, j’ai la certitude qu’il ne convient pas pour beaucoup d’autres femmes, et la lecture de ce que jouent les meilleures joueuses du LPGA permet rapidement de le confirmer.

Passons maintenant en revue les paramètres clés à analyser lors d’un fitting.

1 La longueur des clubs

Jouer avec des clubs de bonne longueur est très important pour s’assurer d’une bonne posture mais aussi d’un bon tempo et d’un bon équilibre.

Il faut distinguer les fers (et wedges) des autres clubs du sac.

Pour les fers, il faut se fier à la taille et à la longueur poignet/sol et se référer au tableau suivant :

Height-Wrist-to-Floor-Charts

Les fers pour femme vendus en boutique (montage standard) sont raccourcis de 1 » par rapport aux hommes. Par exemple, un fer 7 de femme fera 36 » et un fer 7 pour homme 37 ».

Je n’ai pas pu trouver la moyenne sur le LPGA mais j’ai étudié les « specs » de nombreuses joueuses et la plupart ont un fer 7 de 36,75 ».

En fitting, il m’est arrivé de monter un fer 7 à 34,5 » pour un tout petit gabarit, et de monter à 37,25 » pour un grand gabarit. Autant dire que les variations sont importantes en fonction de la morphologie.

Pour les hybrides, il ne faut pas oublier que ces clubs ont été conçus à l’origine pour REMPLACER les longs fers. Il n’y a donc aucune raison de rallonger les hybrides, mais c’est pourtant la tendance actuelle de certains fabricants : des hybrides qui sont presque aussi longs que des bois.

Ainsi, si votre fer 7 doit mesurer 37 », votre hybride 5 devrait mesurer 38 », 38,5 » au maximum.

Pour les bois et le driver, le tableau « taille / poignet /sol » n’a plus d’intérêt. On devra privilégier la capacité de la joueuse à avoir un swing bien temporisé et bien étudier son centrage de balle, facteurs clés de distance.

Sur le LPGA, on peut constater que les joueuses ont des bois de parcours de même longueur que leurs homologues masculins, et des drivers parfois plus longs. Ainsi, si la moyenne pour un driver d’homme sur le PGA est de 44,5 », la moyenne sur le LPGA est davantage aux alentours de 45 ». A noter le cas atypique de Brooke HENDERSON qui utilise un driver de 48 », la limite légale d’un driver.

Une telle longueur pour un driver (45 ») ne devrait être considérée, à mon sens, que pour des très bonnes joueuses, s’entrainant régulièrement et ayant un très bon centrage de balle.

Pour toutes les golfeuses qui ont un problème de régularité, de slice et/ou de centrage de balle, tous les meilleurs clubmakers au monde recommanderont un driver raccourci, entre 43,75 » et 44,5 ».

A titre d’info, signalons quand même que 43,75 » c’est la taille du driver de Ricky Fowler !

Enfin, le cas du putter est aussi à prendre à part. S’assurer de la bonne longueur est une clé de réussite pour un bon putting, régulier et au bon tempo. Pour ce faire, il faut que la posture de la joueuse, qui peut être très différente d’une joueuse à l’autre, soit en harmonie avec la longueur du putter.

2 le réglage des « lie »

Un des aspects primordiaux d’une bonne série de fers et de wedges est d’avoir le bon « lie », c’est à dire s’assurer que la semelle de votre club repose bien à plat par rapport au sol au moment de l’impact.

Un mauvais lie aura des incidences sur la direction de vos coups (à droite ou à gauche de la cible).

golf-club-lie-angle

Mon étude des « lie » des joueuses du LPGA révèle qu’une majorité d’entre elles ont des lies réglés « flat » de 1° à 3°.

En ce qui concerne le driver, les bois et les hybrides, le lie est moins important, sauf pour des gabarits extrêmes (très petite ou très grande joueuse).

En revanche, avoir le bon réglage de « lie » est très important pour un putter, dont on veut que la semelle soit parfaitement à plat sur le green.

3 le réglage des « lofts »

Voilà un paramètre fondamental d’une bonne série de clubs, dont le réglage (l’étalonnage) va dépendre grandement de la vitesse de club de la joueuse.

C’est en effet le premier paramètre de la distance que l’on peut effectuer avec un club : plus le loft est fermé et plus on va loin … jusqu’à un certain point. La contrepartie est que plus le loft est fermé et plus on va avoir du mal à lever la balle dans les airs avec les longs fers si on n’a pas suffisamment de vitesse de club.

Depuis que j’ai démarré dans cette profession de clubmaker (il y a 9 ans) j’ai pu constater d’année en année une évolution des lofts allant vers du plus en plus fermé sur les fers. Ce constat est valable pour les femmes comme pour les hommes.

Ainsi, il y a 9 ans, un fer 7 faisait entre 33° et 36° de loft.

Aujourd’hui, pour beaucoup de fabricants, un fer 7 fait entre 27°et 32° de loft. Il va donc plus loin qu’il y a 9 ans.

En soit, il n’y a rien à dire à cela. Mais cela soulève plusieurs réflexions.

Tout d’abord, lorsqu’on regarde quels lofts jouent les pros du circuit (le fameux « what’s in the bag ? »), on s’aperçoit que leurs lofts n’ont pas changé : la moyenne d’un fer 7 sur le PGA est de 34°. Je n’ai pas pu me procurer les chiffres sur le LPGA mais je suis convaincu que le loft est le même, à 1° près.

Le gros problème de lofts trop fermés concerne les fers 6 et 5 : si la joueuse n’a pas suffisamment de vitesse de club, elle ne pourra pas optimiser ces deux clubs, autrement dit, l’écart de distance entre son fer 7 et son fer 5 sera considérablement réduit, dans certains cas inexistant. J’ai en fitting de plus en plus de golfeurs qui me disent qu’ils ne vont pas plus loin avec leur fer 6 qu’avec leur fer 7, idem pour le fer 5.

Concernant les wedges, si beaucoup d’hommes du PGA ont conservé le trio 52/56/60 (ou 52/58 lorsqu’ils n’ont que deux wedges), les femmes du LPGA ont majoritairement adopté le trio 50/54/58.

Une fois qu’on a trouvé le bon étalonnage de lofts pour les wedges et les fers, se pose la question des hybrides et bois de parcours.

Nous l’avons dit, les hybrides ont pour mission de remplacer les longs fers car, à loft équivalent, ils enverront la balle plus haut et plus loin. Ce n’est pas le numéro (5,4,3 ou 2) qu’il faut regarder quand on choisit un hybride mais son loft, car selon les marques les hybrides auront des lofts différents. Par exemple, si votre fer 6 a un loft de 30°, votre hybride 5 devrait avoir un loft de 26° ou 27°.

Les bois jouent dans une autre catégorie avec des shafts beaucoup plus longs que les hybrides. Le but d’un fitting est donc de déterminer ce qui convient le mieux à la joueuse, et avec quels lofts.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il y a un loft « optimal » en dessous duquel vous ne gagnerez plus en distance, et risquez de perdre en comfort de jeu. Pour certaines joueuses ce sera un bois 7 (21°), pour d’autres un bois 5 (18°) et pour les joueuses les plus toniques, comme sur le LPGA, ce sera un bois 3 (15°).

Reste enfin le choix du loft sur le driver. Ce seul critère va avoir une grande importance sur la distance générée par ce club.

Selon mes recherches, le loft moyen joué sur le LPGA est de 10°, pour des joueuses ayant une vitesse de club moyenne de 94mph (contre 113mph pour les hommes du PGA).

Pour la grande majorité des joueuses amateur ayant une vitesse inférieure, un loft plus ouvert (entre 12° et 15°) leur fera très probablement gagner en distance.

Pour en savoir plus sur le sujet de l’optimisation du driver :

http://33golflab.com/wp/2019/12/optimisation-du-driver/

4 le choix des shafts

Comme nous le disions en introduction, la tendance des shafts pour femmes a été : de plus en plus léger (environ 40 grammes) et de plus en plus souple.

Ce type de shafts peut bien sûr convenir à beaucoup de femmes.

Mais pour d’autres femmes, ce scénario n’est pas le bon. Il peut engendrer des problèmes de tempo, de régularité, de dispersion (latérale et frontale) des coups.

Les éléments à considérer lors du choix d’un shaft sont bien sûr la vitesse de swing, mais également le tempo, la transition, le « release » des poignets, et bien sûr la tonicité musculaire.

Sur le LPGA, il y a une grande variété de shafts utilisés, que ce soit en poids ou en flexibilité. Certaines joueuses jouent du « Regular », d’autres du « Stiff » et parfois même de l’ « extra stiff ». Beaucoup jouent du graphite sur leurs fers, mais il reste les partisanes de l’acier léger (la référence étant le shaft NIPPON 850GH ou 950GH) ou le fameux Steelfiber (mélange de graphite et fibres d’acier) qui est aussi l’un des shafts les plus joués sur le Tour Senior.

5 Le poids et l’équilibrage des clubs

Un clubmaker peut jouer sur 3 composants en matière de poids : la tête, le shaft, le grip.

Ces 3 composants vont dicter le poids global du club, et en grande partie son équilibrage (le « swingweight »).

D’une marque à l’autre, il existe des variations dont il faut tenir compte, car le poids et l’équilibre vont influencer la régularité des coups, le tempo et le centrage de balle.

Pour les têtes de fers, les hybrides et les bois de parcours, les variations entre le LPGA et le PGA sont minimes, voire inexistantes.

Une tête de fer 7 , par exemple, pèsera en moyenne 270 grammes.

Mais pour des femmes souhaitant des têtes plus légères, les alternatives existent auprès de certaines marques.

L’écart sur les têtes de drivers est plus marqué : entre 195 et 205 grammes environ.

Il existe aujourd’hui des marques proposant des têtes de driver ultra légères (à ma connaissance, jusqu’à 168 grammes) qui peuvent plaire à certaines femmes.

Enfin, outre ces 5 grandes familles de paramètres à considérer pour les femmes, ne pas oublier non plus l’importance du grip utilisé : la taille « lady » standard ne conviendra pas forcément, et c’est pourtant le seul point de contact avec le club.

Il existe également beaucoup de textures de grips différentes qui conviendront (ou pas) à certaines joueuses, ou à choisir en fonction de la météo.

Un bon grip est essentiel pour un bon contact de balle !

Le but de cet article était double :

  • d’un côté, insister sur les paramètres clés à prendre en considération pour des clubs adaptés
  • d’un autre, faire comprendre à toutes les femmes passionnées de golf que le sur mesure, contrairement à une idée tenace, n’est pas réservé aux pros et qu’il existe aujourd’hui (bien plus qu’il y a 20 ans) des options très vastes en matière d’équipement. Savoir les explorer et les exploiter peut rendre ce jeu encore plus excitant !

Pour toute question sur cette thématique : arnaud@33golflab.com

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